A la lumière du jour...

Attaque et capture de la ligne Drocourt-Quéant

L'attaque du 2 septembre 1918 fut précédée d'une nuit noire, sans pluie. Il était passé minuit quand tous les commandants de bataillon eurent fini de transmettre les ordres d'opération.

Lorsque toutes les troupes de choc eurent rejoint leurs tranchées de rassemblement, l'aurore n'était déjà plus loin. Elle coïncidait, comme on l'avait prévu, avec l'heure H, et sa naissance fut accompagnée du fracas épouvantable qui marquait l'ouverture du tir de barrage.

Sur le flanc sud du corps, trois bataillons mènent l'attaque de la 1re division: les 16e et 13e bataillons sur la droite, en face de Cagnicourt, et le 7e bataillon de la 2e brigade à leur gauche.

Les deux unités de la 3e brigade avancent rapidement vers les barbelés ennemis le long de la pente prolongée. Elles rencontrent peu de résistance au début, les Allemands se rendant en grand nombre.

À 7h 30 du matin déjà, le 13e bataillon a capturé son secteur de la ligne d'appui D-Q.

Peu de temps après, le 14e bataillon passe à travers ses lignes pour s'emparer de Cagnicourt où il surprend et capture, dans les caves du village, assez d'Allemands pour constituer un bataillon complet.

Puis le 14e bataillon s'empare du bois de Loison à l'est du village et, à la suite d'un élan rapide à travers 2 000 mètres de terrain découvert, atteint son objectif final: l'embranchement de Buissy, immédiatement en face du village du même nom.

Sur la droite du brigadier-général Tuxford, les progrès sont plus lents. Le 16e bataillon durement atteint par le tir des mitrailleuses balayant son flanc exposé du côté sud, est privé de l'appui du tir de barrage et doit se lancer à l'assaut des postes de tirailleurs que l'ennemi ne perd pas de temps à regarnir sur la ligne de front.

Parmi les nombreux actes de bravoure dont on est témoin ce jour-là, il y en a deux qui retiennent l'attention à cette étape des opérations.

Le caporal-suppléant W. H. Metcalf, M.M. , Américain affecté au 16e bataillon, traverse avec calme le terrain balayé par les balles, guidant un char de combat et dirigeant son tir contre les emplacements fortifiés des Allemands qui retardent l'avance de l'infanterie.

Plus tard, une fois que le bataillon a percé la position principale D-Q, pour se voir immédiatement immobilisé en face de la ligne d'appui, le commandant, le lieutenant-colonel Cyrus W. Peck s'avance à travers une pluie d'éclats d'obus et un feu foudroyant de mitrailleuses pour faire une reconnaissance personnelle et forcer les chars, qui vont de part et d'autre, à protéger son flanc découvert. Il réorganise ensuite son bataillon et le mène vers son objectif.

Metcalf et Peck récipiendaires de la "Victoria Cross"

Metcalf et Peck reçoivent tous deux la Croix de Victoria; c'est une des rares fois, au cours de la guerre, qu'un bataillon gagne deux fois le même jour cette récompense convoitée.

Se glissant à travers les rangs du 16e bataillon, à la ligne Rouge, le 15e bataillon, subissant des pertes accablantes, se fraie lentement un chemin jusqu'au bois de Bouche, à quelque 3 000 mètres de l'embranchement de Buissy qui, à ce point, oblique abruptement vers le sud-est. C'est là que les survivants, rassemblés pour former le 3e bataillon, reviennent, de leur position de réserve, à l'action. A 6h 00 du soir, l'infanterie anglaise arrive finalement pour fermer le flanc ouvert qui a coûté si cher aux Canadiens.

Sur le front de la 2e brigade, le 5e bataillon était encore engagé dans un combat corps à corps afin de s'assurer une ligne de départ d'attaque, lorsque le 7e bataillon s'élança à l'assaut à travers ses rangs. Grandement aidé par le tir de barrage de shrapnels, et l'appui des chars, le 7e bataillon eut peu de difficulté à capturer et à nettoyer la ligne D-Q dans son secteur. À 8 heures, le 10e bataillon prenait les devants à la ligne Rouge. Jusque-là, les chars s'étaient bien tenus à l'avant, réduisant au silence les unes après les autres les positions ennemies. A l'est de la ligne D-Q cependant, ils commençaient à tomber sous le feu de l'artillerie allemande. Bientôt, le 10e bataillon était arrêté par le tir intense des mitrailleuses et des mortiers de tranchées installés à
l'embranchement de Buissy, en face de Villers-lez-Cagnicourt. Après une lutte tenace, le bataillon avait réussi à établir, vers la fin de l'après-midi, une ligne à l'est du village. Mais il restait encore un effort à faire. Un tir de barrage d'artillerie qu'on avait demandé, à 6h 00 du soir, contre les positions allemandes facilita les choses et les Canadiens fatigués s'élancèrent de nouveau à l'avant pour s'emparer de l'embranchement de Buissy vers

11h 00 du soir.

Entre-temps, la 4e division canadienne livrait, elle aussi, un combat acharné. Au début, la 12e brigade, sur la droite, dut faire face à une poche d'ennemis le long de la route d'Arras à Cambrai, et les chars qui l'appuyaient arrivèrent trop tard pour l'aider cette fois. Les bataillons de tête (de droite à gauche, le 72e, le 38e et le 85e) s'aperçurent, comme ils s'y attendaient, que les tranchées de la ligne D-Q étaient fortement barbelées et bien fortifiées. Néanmoins, on atteignait, à l'heure prévue, la ligne Rouge, à l'est de la ligne de support. Mais, en traversant la longue arête exposée du mont Dury, les 72e et 38e bataillons subissaient toute la force du feu des mitrailleuses allemandes. Retranchés sur l'objectif, soit une route encaissée reliant Dury à la route de Cambrai,
les renforts allemands criblaient de balles les pentes dénudées de cette montagne, tandis que, sur la droite, le 72e bataillon se voyait également pris dans un tir d'enfilade venant de la direction de
Villers-lès-Cagnicourt. En dépit de leurs pertes croissantes, les Canadiens, grâce au bon travail des chars, continuaient à avancer avec peine et, vers le milieu de la matinée, avaient réussi à capturer et à nettoyer la route encaissée.

Ce sont les 47e et 50e bataillons qui menaient l'assaut initial de la 10e brigade, sur la gauche de la division. Les barbelés, en grande partie intacts, occasionnaient de sérieux retards, car il fallait les couper à la main. Les deux bataillons occupèrent les tranchées principales de la ligne, permettant au 46e bataillon de les dépasser et d'avancer jusqu'à la ligne de support qui passait par le centre de Dury. La bataille pour la prise du village fut particulièrement acharnée, c'est seulement après qu’une manœuvre de flanquement, effectuée par le 46e bataillon, eut permis de renverser une position fortifiée aux abords sud du village que l'unité réussit à s'emparer du village, faisant quelque 120 prisonniers et s'emparant de neuf mitrailleuses. Grâce à la chute de Dury, on réussit, vers 7h 30 du matin, à s'assurer la maîtrise de la ligne que la brigade s'était fixée pour objectif à la route encaissée.

Cap-Badge du 47th (British Columbia) Battalion Canadian Infantry

La seconde phase de l'attaque débutait peu après huit heures, lorsque le 78e bataillon, gardé en réserve, tentait d'avancer sur la droite de la 10e brigade. Mais ses progrès furent minimes devant la pluie de balles de mitrailleuses qui venait de Villers-lez-Cagnicourt et d'une usine de transformation de betteraves sucrières, à la croisée des chemins au nord-est du village. À un mille à l'est de la route encaissée, installés sur une crête qui s'étendait de Buissy à Saudemont, les artilleurs allemands tiraient à vue. A neuf heures, le 78e bataillon se trouvait déjà bloqué à 200 mètres à l'est de la route encaissée. Les tentatives faites par la 11e brigade en vue de profiter des gains de la 12e brigade, à l'est du mont Dury, furent également infructueuses. Vers le milieu de l'après-midi, toutes les brigades du front de la division signalaient que leur avance était paralysée. Des autos blindées de la Force indépendante essayèrent à plusieurs reprises, mais sans succès, d'atteindre la route latérale de Villers-Saudemont; la Force dut se contenter de charger des détachements de mitrailleurs, postés de chaque côté de la route principale de Cambrai, de tirer sur les positions ennemies. Sur la gauche des Canadiens, la 4e division anglaise réussit à s'emparer de son secteur du réseau D-Q, mais ne put prendre Étaing avant le lendemain matin.

Bien que le corps d'armée canadien n'eût pas atteint tous les objectifs fixés (avec beaucoup d'optimisme) pour l'attaque, il faut dire que les résultats du 2 septembre n'en furent pas moins éminemment satisfaisants. On avait attaqué et enfoncé la ligne Drocourt-Quéant sur une longueur de 7 000 mètres. En outre, la 1ère division s'était emparée de l'embranchement de Buissy et des villages de Villers-lez-Cagnicourt et de Cagnicourt. Certaines formations allemandes, sur la ligne d'avant, avaient cédé rapidement le 2 septembre, mais les Canadiens s'étaient butés à une opposition déterminée de la part de régiments des 1ère et 2e divisions de réserve de la Garde et de la 3e division de réserve.

 

Ce soir-là, le général Currie faisait parvenir ses ordres aux trois divisions relevant de son commandement, leur intimant de poursuivre leur avarice le 3 afin d'observer directement tous les ponts enjambant la Sensée et le canal du Nord. Durant la nuit, cependant, l'ennemi se retirait sur un large front. Les patrouilles aériennes, volant au-dessus des lignes ennemies le 3 septembre au matin, n'aperçurent aucun Allemand entre la crête Cagnicourt-Dury et le canal du Nord. En même temps, la Troisième armée signalait qu'elle avait occupé Quéant et Pronville sans livrer de combat et que, partout, l'ennemi se repliait. Vers midi, tout le front du corps d'armée canadien était en mouvement alors qu'une avance générale vers la ligne Verte s'amorçait. A l'exception du tir de l'artillerie, la résistance était pour ainsi dire nulle.

 

Lorsque vint le soir, la 1ère division, après avoir occupé Buissy et Baralle, avait traversé les terrains à découvert sur la rive occidentale du canal du Nord. La 4e division canadienne progressait rapidement, libérant les villages de Rumaucourt, Ecourt-st-Quentin, Saudemont et Recourt.

Habitants de Saudemont délivrés par la 4ème Division Canadienne après quatre années d'occupation Allemande

La division fit savoir que la rive orientale du canal était fortement défendue et que tous les ponts avaient été détruits. La 4e division anglaise nettoya tout le long du canal de la Sensée, occupant le village de Lécluse.

À la tombée de la nuit, le corps d'armée canadien avait la maîtrise de tout le terrain à l'ouest du canal du Nord, entre Saint-lès-Marquion et la Sensée.

Les formations qui avaient défoncé la position D-Q avaient mérité un repos et, durant la nuit, la 1ère division anglaise et les 3e et 2e divisions canadiennes se chargeaient de la nouvelle ligne, du nord au sud.

Tombe d'un soldat du 1er Bataillon d'Infanterie Canadienne tombé le

2 Septembre 1918 et reposant au Dominion Cemetery d'Hendecourt.

Sources:

Office National du Film du Canada

Commonwealth War Graves Commission

Photographies:

Habitants de Saudemont : Canadian Official photograph, N° O.3153. from the Western Front WW1 ~ 1914-18.  "Residents of Saudemont (N.W. of Cambrai, France)"